Chapitre 5 · Proche-Orient et Égypte
La Mésopotamie, cités, écriture et empires
Entre le Tigre et l’Euphrate naissent les premières cités-États, l’écriture, les premiers codes de lois et des rois bâtisseurs.
Le cours

À quoi ça sert ?
Une pierre noire au Louvre
Au musée du Louvre, Maëlle s’arrête devant une pierre noire plus haute que son père, couverte de minuscules signes en forme de clous. Le cartel indique : « Code de Hammurabi, roi de Babylone, vers 1750 av. J.-C. ». Un peu plus loin, deux immenses taureaux ailés à tête humaine gardaient autrefois la porte d’un palais assyrien. Le soir, dans son jeu de stratégie, elle retrouve Babylone et ses « jardins suspendus ».
Qui a gravé ces signes, et pourquoi ? Que racontent-ils ? Les jardins ont-ils vraiment existé ? Pour répondre, il faut connaître la Mésopotamie, la région où l’on trouve, avec l’Égypte, les plus anciennes écritures connues. Ce chapitre te donne les outils pour lire un document mésopotamien comme un historien : savoir qui parle, quand et dans quel but.
À retenir
1. Un pays entre deux fleuves
- Mésopotamie est un mot grec qui signifie « le pays entre les fleuves » : le Tigre et l’Euphrate. Elle correspond surtout à l’Irak actuel. Elle fait partie du Croissant fertile, l’arc de terres cultivables qui va de l’Égypte au golfe Persique, où l’agriculture est apparue au Néolithique.
- Au sud, il pleut très peu et les crues des fleuves sont violentes et irrégulières. Les paysans creusent des canaux d’irrigation et des digues : l’eau amenée dans les champs permet de récolter beaucoup d’orge.
- Ces travaux exigent de nombreux bras et une organisation : des chefs, des surveillants, des réserves de grain. Les récoltes abondantes nourrissent des artisans, des prêtres et des soldats qui ne cultivent pas.
À retenir
2. Les premières cités-États et l’invention de l’écriture
- Au IVe millénaire av. J.-C., au pays de Sumer, naissent les premières villes : Uruk, puis Ur, Lagash, Kish… Chacune est une cité-État : une ville indépendante, avec son roi, son dieu protecteur et les campagnes qui l’entourent. Les cités sont souvent en guerre entre elles.
- Vers 3300 av. J.-C., à Uruk, des comptables des temples tracent des signes sur des tablettes d’argile pour noter des quantités de grain, de bétail, de rations. Ce sont d’abord des pictogrammes (des dessins simplifiés).
- Peu à peu, les signes deviennent plus abstraits et sont imprimés avec un calame, une tige de roseau taillée : ils prennent la forme de clous, d’où leur nom d’écriture cunéiforme (du latin cuneus, « clou, coin »). Vers 3000-2500 av. J.-C., elle sert aussi à écrire des lettres, des contrats, des prières, puis de la littérature.
- Les scribes sont une petite minorité, formés pendant des années dans des écoles. Savoir écrire donne du pouvoir : le scribe compte, enregistre, transmet les ordres du roi.
| Étape | Ce qui change |
|---|---|
| Vers 3300 av. J.-C. | pictogrammes à Uruk : surtout des comptes |
| IIIe millénaire av. J.-C. | signes cunéiformes, plus abstraits, qui notent aussi des sons |
| IIe-Ier millénaire av. J.-C. | lois, lettres, récits comme L’Épopée de Gilgamesh, bibliothèques royales |
À retenir
3. Des dieux, des temples et des rois
- Les Mésopotamiens sont polythéistes : ils croient en de nombreux dieux, qui ressemblent aux humains mais sont immortels et tout-puissants. Inanna (Ishtar) à Uruk, Nanna, le dieu-Lune, à Ur, Shamash, le dieu-Soleil et de la justice, Marduk, le dieu de Babylone.
- Le temple est la maison du dieu, dont la statue reçoit chaque jour nourriture et offrandes. Les temples possèdent des terres, des troupeaux, des ateliers : ce sont aussi de grands centres économiques.
- La ziggourat est une tour à étages en briques, liée au temple du dieu de la cité. Celle d’Ur a été élevée vers 2100 av. J.-C. Ce n’est pas un tombeau, contrairement aux pyramides d’Égypte.
- Le roi se présente comme le serviteur choisi par les dieux : il fait construire les temples, mène la guerre, rend la justice.
- L’Épopée de Gilgamesh raconte les exploits d’un roi légendaire d’Uruk qui cherche l’immortalité. Sa version la plus complète a été retrouvée à Ninive, dans la bibliothèque du roi assyrien Assurbanipal (VIIe siècle av. J.-C.). On y lit le récit d’un déluge qui ressemble à celui de Noé dans la Bible.
À retenir
4. Hammurabi, roi de Babylone, et son code
- Hammurabi, roi de Babylone (règne vers 1792-1750 av. J.-C.), unifie par la guerre une grande partie de la Mésopotamie.
- Vers 1750 av. J.-C., il fait graver sur une stèle de pierre près de 300 articles de lois : c’est le code de Hammurabi. En haut, un relief le montre face à Shamash, le dieu de la justice : ses lois sont présentées comme voulues par les dieux.
- Certaines lois appliquent la loi du talion (« œil pour œil ») ; mais la peine dépend du rang social de la victime : homme libre, homme de rang inférieur ou esclave.
- La stèle a été retrouvée en 1901-1902 à Suse (Iran actuel), où des ennemis de Babylone l’avaient emportée comme butin au XIIe siècle av. J.-C. Elle est aujourd’hui au Louvre. Ce n’est pas le plus ancien recueil de lois connu (celui d’Ur-Nammu, roi d’Ur, est plus ancien), mais c’est le plus célèbre.
À retenir
5. Des empires : Assyriens et Babyloniens
- Au Ier millénaire av. J.-C., la Mésopotamie est dominée par de grands empires : un État qui domine par la force de nombreux peuples et territoires.
- L’empire néo-assyrien (capitales Assur, Nimrud, Ninive) conquiert tout le Proche-Orient. Ses rois font sculpter leurs victoires sur les murs de leurs palais. Ninive est détruite en 612 av. J.-C. par les Babyloniens et leurs alliés.
- L’empire néo-babylonien lui succède. Son roi le plus célèbre, Nabuchodonosor II (604-562 av. J.-C.), est un roi conquérant : il prend Jérusalem en 597 puis la détruit en 587 av. J.-C. et déporte une partie de ses habitants. C’est aussi un roi bâtisseur : remparts, palais, porte d’Ishtar en briques émaillées bleues, grande ziggourat de Babylone. Des milliers de briques portent son nom.
- En 539 av. J.-C., Babylone est prise par le roi perse Cyrus.
| Date | Repère |
|---|---|
| vers 3300 av. J.-C. | premières tablettes écrites à Uruk |
| vers 3000 av. J.-C. | cités-États sumériennes, écriture cunéiforme |
| vers 1750 av. J.-C. | code de Hammurabi |
| 612 av. J.-C. | destruction de Ninive, fin de l’empire assyrien |
| 604-562 av. J.-C. | règne de Nabuchodonosor II à Babylone |
| 539 av. J.-C. | Cyrus, roi des Perses, prend Babylone |
Exemple
Raisonner en historien
Document : sur une inscription, Nabuchodonosor II déclare avoir fait de Babylone une ville que nul ne pourra égaler. Qui parle ? Le roi lui-même : il veut montrer sa grandeur, c’est de la propagande. Que peut-on vérifier ? Les archéologues ont dégagé les remparts, la porte d’Ishtar et des briques marquées à son nom : il a bien beaucoup construit. Que reste-t-il douteux ? Les fameux jardins suspendus ne sont décrits que par des auteurs grecs plus tardifs et aucun vestige sûr n’a été trouvé : leur existence est une hypothèse débattue. Conclusion : on garde les faits vérifiés, on signale les doutes.
Attention
Méthode : présenter un document. Avant de répondre aux questions, réponds à cinq petites questions : Quelle nature ? (loi gravée, récit, inscription royale, tablette de comptes) Qui en est l’auteur ? Quand ? (situe la date sur une frise) Pour qui ? Dans quel but ? (informer, ordonner, glorifier un roi, honorer un dieu). Un texte écrit à la gloire d’un roi ne dit pas forcément toute la vérité.
Attention
Rappel du CM. Tu sais que l’Antiquité commence avec l’invention de l’écriture, vers 3300 av. J.-C. C’est ici, en Mésopotamie, qu’on en trouve les traces les plus anciennes. Et souviens-toi : avant J.-C., on compte à rebours. 1750 av. J.-C. (Hammurabi) est donc plus ancien que 604 av. J.-C. (Nabuchodonosor II).
Les exercices
Niveau 1 · Découverte
Les bases, pas à pas.Niveau 2 · Entraînement
Les pièges classiques.Niveau 3 · Expert
Pour aller plus loin.