Chapitre 8 · Matérialité et couleur
La couleur, matière et sensation
Primaires, complémentaires, tons et saturation ; pigments et liants ; aplat, glacis, empâtement ; une couleur change avec ses voisines.
Le cours

À quoi ça sert ?
Choisir la couleur de sa chambre
Tu as le droit de repeindre ta chambre. Au magasin, des centaines de pastilles : « bleu lagon », « vert amande », « gris perle »… Tu veux une pièce calme : couleurs froides ou chaudes ? Le vendeur te prévient : « Sur un grand mur, la couleur paraîtra plus intense que sur la petite pastille. » Et pour ton affiche du club théâtre, quelle couleur fera ressortir le titre ? Les peintres se posent ces questions depuis toujours. Comprendre comment les couleurs se mélangent, comment elles agissent les unes sur les autres et de quelle matière elles sont faites, c’est savoir choisir au lieu de deviner.
À retenir
Primaires et secondaires du peintre
- Les trois couleurs primaires des peintures et des encres sont le magenta, le cyan et le jaune. On ne peut pas les obtenir par mélange ; avec elles, du blanc et du noir, on peut fabriquer presque toutes les autres. Ce sont les trois couleurs des cartouches d’imprimante.
- À l’école, on dit souvent « rouge, bleu, jaune ». C’est la même idée, mais le « rouge » primaire est en réalité un rouge qui tire vers le rose (le magenta), et le « bleu » primaire un bleu clair qui tire vers le vert (le cyan). Avec un rouge vif ordinaire et un bleu foncé, on obtient des violets et des verts ternes.
- Deux primaires mélangées donnent une couleur secondaire : magenta + jaune = rouge (orangé si l’on met plus de jaune) ; jaune + cyan = vert ; cyan + magenta = bleu-violet. Une primaire et une secondaire voisines donnent une couleur tertiaire (orangé, vert-jaune, violet…).
À retenir
Le cercle chromatique et les complémentaires
- Le cercle chromatique range les couleurs dans l’ordre de l’arc-en-ciel, refermé sur lui-même : jaune, orangé, rouge, magenta, violet, bleu, cyan, vert… Entre deux primaires se trouve leur mélange.
- Deux couleurs placées face à face sur le cercle sont complémentaires. La complémentaire d’une primaire est le mélange des deux autres : jaune ↔ bleu-violet (à l’école : jaune ↔ violet), magenta ↔ vert (rouge ↔ vert), cyan ↔ rouge orangé (bleu ↔ orange).
- Côte à côte, deux complémentaires s’exaltent : chacune paraît plus intense, leur limite semble vibrer. Mélangées, elles se neutralisent : on obtient un gris ou un brun, une couleur rabattue (ou « cassée »).
Expérimente
Le mélangeur de peinture
Glisse les pots sur la palette (ou touche-les) pour verser des doses. Le mélange est calculé comme avec de vraies peintures : chaque pigment absorbe une partie de la lumière. Observe la flèche sur le cercle et la complémentaire qui s’allume en face. Essaie cyan + jaune, puis ajoute du magenta goutte à goutte. Le mode « lumière d’écran » montre l’autre façon de mélanger les couleurs, pour aller plus loin.
Touche aussi une case du cercle pour voir sa complémentaire.
La palette est vide. Glisse un pot sur la palette, ou touche-le, pour y verser une dose.
À retenir
Couleurs chaudes, couleurs froides
- Chaudes : jaunes, orangés, rouges. Elles évoquent le soleil, le feu, l’été ; elles semblent avancer vers nous. Froides : bleus, verts-bleus, bleus-violets. Elles évoquent l’eau, la glace, l’ombre ; elles semblent reculer.
- C’est une affaire de comparaison : un vert-jaune est plus chaud qu’un vert émeraude, un rouge framboise plus froid qu’un rouge orangé. Pour le violet, tout dépend de sa part de rouge ou de bleu.
- Les paysagistes s’en servent pour la profondeur : couleurs chaudes et contrastées devant, couleurs froides, pâles et bleutées au loin.
À retenir
Teinte, nuance, ton, saturation : le vocabulaire juste
- La teinte, c’est la couleur elle-même, sa place sur le cercle : un rouge, un vert. Une nuance est une variante d’une teinte, obtenue en y ajoutant un peu d’une autre couleur : un bleu qui tire vers le vert, un rouge un peu orangé.
- Le ton (ou la valeur), c’est le degré de clarté : on éclaircit avec du blanc, on fonce avec du noir. Bleu ciel et bleu marine : même teinte, tons différents. Attention, le noir est très puissant et « salit » : un jaune + noir tourne au vert olive.
- La saturation, c’est l’intensité, la pureté : une couleur saturée est vive, franche ; une couleur rabattue (mêlée de gris ou de sa complémentaire) est terne, sourde.
- Un camaïeu utilise une seule teinte en plusieurs tons, du clair au foncé (un camaïeu de bleus). Un dégradé passe progressivement d’un ton ou d’une couleur à l’autre, sans limite nette.
À retenir
La matière colorée : pigments, liants, siccatifs
- Une peinture est faite de pigments, des poudres colorées : terres (ocres jaunes et rouges), minéraux broyés (le lapis-lazuli, qui donne le bleu outremer), charbon, matières végétales ou animales (la cochenille, un insecte, donne un rouge), et aujourd’hui surtout des pigments fabriqués en usine.
- Le liant colle les grains de pigment entre eux et au support. Il donne son nom à la peinture : huile de lin (peinture à l’huile), jaune d’œuf (tempera), gomme arabique (gouache, aquarelle), résine acrylique. Un même pigment change d’aspect selon son liant : mat ou brillant, transparent ou couvrant.
- Le siccatif accélère le séchage de la peinture à l’huile, qui peut sinon demander des jours. Un diluant (eau, essence de térébenthine) rend la peinture plus fluide. On peut aussi ajouter d’autres substances : sable, sciure, colle, pour jouer sur la texture.
À retenir
Les usages de la couleur : de l’aplat à la giclure
- Aplat : surface de couleur uniforme, sans modelé ni trace de pinceau. Plage : une étendue de couleur d’un seul tenant, une zone colorée de l’œuvre.
- Couverture : une couche opaque, qui cache ce qui est dessous (une peinture « couvrante »). À l’inverse, le jus est une peinture très diluée, transparente et fluide, qui laisse voir le support.
- Glacis : une couche fine et transparente, posée sur une couche déjà sèche ; elle en modifie la couleur sans la cacher, comme un verre coloré, et donne de la profondeur et de la lumière.
- Empâtement : de la peinture posée épaisse, en relief ; la trace de la brosse ou du couteau reste visible et accroche la lumière. Giclure : peinture projetée qui forme gouttes et éclaboussures. On parle aussi de touche (la marque du pinceau), de coulure, de griffure.
Exemple
Des aplats de primaires : Mondrian

Piet Mondrian
Composition avec rouge, jaune, noir, bleu et gris, 1921
huile sur toile
Kunstmuseum, La Haye
Kunstmuseum Den Haag, Wikimedia Commons, domaine public
Mondrian n’utilise que des aplats de rouge, de jaune et de bleu, avec du blanc, du gris et du noir. Aucune trace de pinceau, aucun dégradé : la couleur est réduite à l’essentiel. Regarde les quantités : une grande plage rouge en haut à droite, un jaune moyen à gauche, un petit bleu en bas à droite. C’est l’équilibre entre ces surfaces inégales qui fait tenir la composition.
À retenir
Quantité et qualité : une couleur n’est jamais seule
- Une même couleur change selon son voisinage : c’est le contraste simultané, étudié par le chimiste Chevreul (1839). Un gris paraît plus clair sur fond noir, plus foncé sur fond blanc ; sur fond jaune, il se teinte d’un peu de violet, la complémentaire du jaune.
- Elle change aussi selon sa quantité : la surface qu’elle occupe, le format, l’étendue. Une petite touche de rouge dans un grand champ vert saute aux yeux ; le même rouge sur tout un mur paraît plus intense que sur la pastille du magasin.
- La qualité de la couleur (sa teinte, son intensité, sa nuance, sa lumière) et sa quantité agissent ensemble : choisir une couleur, c’est toujours la choisir à côté d’autres, sur une certaine surface.
Expérimente
Une couleur change avec ses voisines
Les deux carrés ont exactement la même couleur. Change les fonds, puis rapproche-les. Dans l’onglet « La quantité », fais grandir une tache rouge dans un champ vert : où l’œil va-t-il ?
Les carrés A et B ont exactement la même couleur. Le même gris paraît plus foncé sur le fond clair et plus clair sur le fond foncé : l’œil exagère la différence avec le voisin.
Exemple
Un petit soleil qui vibre : Monet

Claude Monet
Impression, soleil levant, 1872
huile sur toile, 50 × 65 cm
musée Marmottan Monet, Paris
Wikimedia Commons, domaine public
Tout le tableau est fait de bleus et de gris rabattus, posés en touches rapides et en jus léger. Au milieu, un minuscule disque orangé : la complémentaire du bleu. Sa petite surface et le contraste de complémentaires le font vibrer : on ne voit que lui. Le titre de ce tableau a donné son nom à l’impressionnisme.
À retenir
Pour aller plus loin : la couleur des écrans
- Les écrans ne mélangent pas de la matière, mais de la lumière. Chaque pixel contient trois petites lumières : rouge, vert et bleu (RVB). Ajouter des lumières éclaircit : rouge + vert = jaune, et les trois ensemble donnent du blanc. C’est la synthèse additive.
- Les peintures font l’inverse : chaque pigment retire (absorbe) une partie de la lumière, et un mélange est toujours un peu plus sombre. C’est la synthèse soustractive. Voilà pourquoi un dessin paraît plus lumineux à l’écran qu’une fois imprimé.
Attention
Devant une œuvre ou ta propre production, ne dis pas seulement « il y a du bleu » : précise la teinte (un bleu-vert), le ton (clair, foncé), la saturation (vif, rabattu), l’usage (aplat, glacis, empâtement), la quantité (une petite touche, une grande plage) et les voisinages (complémentaires, chaud contre froid). Puis demande-toi : quel effet produit ce choix ?
Les exercices
Niveau 1 · Découverte
Les bases, pas à pas.Niveau 2 · Entraînement
Les pièges classiques.Niveau 3 · Expert
Pour aller plus loin.