Chapitre 2 · Représentation et présentation
Fabriquer et transformer des images
Images artistiques ou documentaires, cadrage et plans, plongée et contre-plongée, retouche, original, copie, multiple et série.
Le cours

À quoi ça sert ?
La photo de l’équipe pour Instagram
Ton équipe de basket vient de gagner. Tu sors ton téléphone : tout le monde en entier, ou seulement les sourires ? Debout au-dessus d’eux, ou accroupi au ras du sol pour qu’ils aient l’air de géants ? Puis tu recadres, tu ajoutes un filtre, peut-être un autocollant. Sans le savoir, tu viens de faire les choix d’un photographe : cadrage, point de vue, transformation. Les mêmes choix fabriquent les images de la presse, de la publicité, du cinéma… et peuvent aussi tromper. Savoir les nommer, c’est savoir lire toutes les images.
À retenir
Les catégories d’images
- Une image artistique cherche à exprimer, émouvoir, faire réfléchir : elle est libre de s’écarter du réel.
- Une image scientifique ou documentaire cherche à informer, prouver, décrire exactement : radiographie, carte, planche d’herbier, photo de presse. Elle s’accompagne d’une légende (auteur, date, lieu), parfois d’une échelle.
- Ce qui les distingue, c’est la fonction, pas la technique : un dessin peut être documentaire, une photographie peut être artistique.
- Selon son procédé de fabrication, une image est dessinée, peinte, gravée (estampe), photographiée, filmée ou numérique.
Exemple
La première photographie

Vers 1827, Nicéphore Niépce fixe la vue depuis sa fenêtre, après une pose d’au moins plusieurs heures. Le soleil a tourné pendant la prise de vue : les deux côtés des bâtiments semblent éclairés. L’image enregistre une durée, là où ton téléphone fige un millième de seconde. Le procédé change l’image.
À retenir
Cadrer : choisir ce que l’on montre
- Le cadre délimite l’image. Ce qu’il montre est le champ ; tout ce qui existe autour sans être montré est le hors-champ, que le spectateur peut seulement imaginer.
- La taille des plans dépend de ce que le cadre contient du personnage : plan général (le paysage domine), plan d’ensemble (le personnage dans son décor), plan moyen (en pied), plan américain (à mi-cuisses), plan rapproché (à la taille ou à la poitrine), gros plan (le visage), très gros plan (un détail).
- Plus le cadre se resserre, plus on entre dans l’intimité et l’émotion ; plus il s’élargit, plus on situe l’action dans son lieu.
Expérimente
Le viseur
Glisse le cadre rose sur la scène et change le zoom : l’aperçu montre l’image obtenue et le nom du plan s’affiche. Cherche le plan américain, puis le très gros plan sur l’œil. Que devient le décor ?
La scène (glisse le cadre)
Dans le viseur
plan moyen
Plan moyen. Le personnage est cadré en pied, de la tête aux pieds : on voit son attitude, ses gestes.
À retenir
Le point de vue
- Plongée : l’appareil est au-dessus du sujet et vise vers le bas. Le sujet paraît petit, écrasé, vulnérable.
- Contre-plongée : l’appareil est en dessous et vise vers le haut. Le sujet paraît grand, puissant, parfois menaçant.
- Point de vue frontal, à hauteur d’yeux : l’effet est neutre, d’égal à égal.
- Cadrage et point de vue ne sont jamais neutres : sans aucune retouche, ils peuvent grandir ou diminuer quelqu’un.
Expérimente
Plongée, contre-plongée
Monte et descends l’appareil devant la tour. Observe les verticales : en contre-plongée elles se resserrent vers le ciel, en plongée vers le sol, et le toit apparaît. Lance l’animation pour passer du sol au ciel.
point de vue frontal (à hauteur d’yeux)
L’appareil est à hauteur d’yeux : les verticales restent presque droites. Le point de vue frontal paraît neutre, comme si l’on se tenait face au sujet.
À retenir
Transformer une image existante
- On peut intervenir sur une image déjà faite pour en modifier le sens : la découper, la coller, la recadrer, la dessiner ou la peindre par-dessus, la monter avec d’autres (photomontage), la retoucher avec des outils numériques.
- Dans les années 1920, des artistes comme Hannah Höch ou John Heartfield assemblent des photos de magazines : le rapprochement inattendu produit un sens nouveau, souvent critique. Reprendre une image connue en changeant son sens, c’est la détourner.
- Attention : transformer une image artistique est une liberté ; transformer en cachette une image qui prétend témoigner (photo de presse) est une manipulation.
À retenir
Original, copie, multiple, série
- Original : l’œuvre elle-même, réalisée par l’artiste. Une peinture est unique.
- Copie : une œuvre refaite d’après une autre (les élèves copiaient les tableaux du Louvre pour apprendre). Une affiche ou une image sur écran est une reproduction.
- Multiple : une œuvre conçue pour exister en plusieurs exemplaires tirés d’une même matrice (planche gravée de l’estampe, négatif ou fichier en photographie). Chaque épreuve voulue par l’artiste est une œuvre ; les tirages sont souvent numérotés (3/50).
- Série : plusieurs œuvres différentes sur un même motif. Monet peint plus de trente vues de la cathédrale de Rouen sous des lumières différentes.
Exemple
Une estampe : multiple et série à la fois

La planche de bois est gravée (une par couleur), puis imprimée de nombreuses fois : chaque feuille est une épreuve originale. Plusieurs musées du monde en conservent une. Et cette image appartient à une série : les Trente-six vues du mont Fuji, où le Fuji apparaît chaque fois sous un angle différent, ici tout petit derrière la vague. De même, le Rhinocéros de Dürer, tiré à des milliers d’exemplaires, a fait le tour de l’Europe : il est resté l’image du rhinocéros dans les livres pendant près de trois siècles.
Attention
Au CM, on te demandait de prendre une photo. En 6e, on attend que tu justifies tes choix : « J’ai choisi un plan d’ensemble en plongée pour montrer l’élève isolé au milieu de la cour. » Réflexes d’analyse : quelle est la fonction de l’image ? Quel plan ? Quel point de vue ? Qu’y a-t-il dans le hors-champ ? Est-ce un original, une copie, un multiple ?
Les exercices
Niveau 1 · Découverte
Les bases, pas à pas.Niveau 2 · Entraînement
Les pièges classiques.Niveau 3 · Expert
Pour aller plus loin.