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/Arts plastiques · Sixième/Matériaux, outils et gestes

Chapitre 7 · Matérialité et couleur

Matériaux, outils et gestes

Porosité, rugosité, liquidité, malléabilité ; touche, trace, griffure, coulure ; hasard et intention.

Le cours · 11 notionsExercices · 6

Sommaire

Le coursLes qualités physiques des matériauxQuatre familles de matériaux, et un choix écologiqueL’outil et le geste laissent une traceAmplitude ou retenue, maîtrise ou imprévisibilitéEn volume : stratifier, empiler, tresser, emboîterLes exercices

Le cours

Des collégiens peignent une grande fresque sur le mur du préau avec des éponges, de larges brosses et des rouleaux ; quelques coulures descendent sur le mur.

À quoi ça sert ?

Repeindre le mur du préau

Le collège vous confie le mur gris du préau. Très vite, l’équipe découvre que tout compte : le crépi rugueux boit la peinture et casse les traits, l’éponge laisse une texture mouchetée, la grosse brosse strie le mur, la peinture trop liquide coule. Faut-il corriger ces accidents ou les garder ? Choisir un matériau, un outil et un geste, c’est choisir un effet. Les peintres en bâtiment, les street-artistes, les pâtissiers et les maquilleurs de cinéma le savent : la matière a ses propres règles, et le geste les met en jeu.

À retenir

Les qualités physiques des matériaux

  • Porosité : un matériau poreux est plein de petits trous ; il absorbe les liquides (papier buvard, papier journal, plâtre, éponge, terre cuite). L’encre y fuse : ses bords s’étalent.
  • Rugosité : une surface rugueuse a du grain ; elle accroche la matière (carton, papier kraft, toile, crépi, pierre). Un trait sec s’y casse.
  • Liquidité : une matière liquide coule, s’étale, se mélange (encre, lavis, peinture diluée). Plus elle est liquide, moins on la maîtrise.
  • Malléabilité : une matière malléable se déforme sous la pression et garde sa nouvelle forme (argile, pâte à modeler, cire, fil de fer, papier aluminium).
  • On observe aussi la transparence ou l’opacité, la souplesse ou la rigidité, l’épaisseur. Ces qualités changent la pratique, les techniques que l’on invente et le sens produit.

À retenir

Quatre familles de matériaux, et un choix écologique

  • Matériaux non transformés : pris tels qu’on les trouve dans la nature (bois, pierre, argile, sable, feuilles, branches).
  • Matériaux transformés par la physique ou la chimie : métal, verre, plastique, papier, béton, peinture acrylique. Ils sont fabriqués en usine à partir de matières premières.
  • Matériaux de récupération : emballages, chutes de tissu, objets usagés, que l’on réemploie.
  • Biomatériaux : issus du vivant et souvent conçus pour se dégrader, comme les briques de mycélium (les filaments des champignons) ou les bioplastiques à base d’amidon.
  • L’artiste se demande aussi : ce matériau est-il dégradable ou non ? D’où vient-il, où finira-t-il ? Un sac plastique peut mettre plusieurs centaines d’années à se fragmenter ; une œuvre en feuilles ou en glace est faite pour disparaître.

À retenir

L’outil et le geste laissent une trace

  • La notion d’outil s’élargit : la main et les doigts, les brosses (poils durs) et pinceaux (poils souples) de toutes tailles, les chiffons, les éponges, les rouleaux, les couteaux, et les outils inventés (peigne, carte, brindille, fourchette).
  • Le dialogue entre l’instrument et la matière produit une touche (petite quantité posée d’un geste bref), une trace (ce qui reste d’un passage), une traînée (matière étirée), une griffure (matière grattée qui laisse voir le dessous), une coulure (matière liquide qui descend), une découpe (bord net, tranché).
  • La texture est l’aspect de la surface (lisse, granuleuse, striée) ; la facture est la manière dont l’œuvre est faite, visible ou non dans la matière. Une facture lisse cache le geste ; une facture visible le montre.

Exemple

Six traces à reconnaître

touches
traînée
griffures
coulures
texture d’éponge
découpe

Expérimente

L’atelier des gestes

Choisis un outil, un geste et un support. Règle l’amplitude du geste et la part de hasard, puis trace. Compare la même action sur papier lisse, sur carton rugueux et sur papier buvard : qu’est-ce qui change, et pourquoi ?

Outil

Geste

Support et couleur

Outil choisi : brosse dure.

Choisis un outil, un geste et un support, puis appuie sur « Tracer ». Chaque trace s’ajoute aux précédentes : compare-les.

Exemple

Van Gogh : une facture qui se voit

Dans le Champ de blé avec cyprès (1889), Vincent van Gogh pose la peinture à l’huile en touches épaisses et ondulantes, souvent en empâtement : la matière fait relief sur la toile. On peut suivre chaque coup de brosse : le ciel tourbillonne, le cyprès monte comme une flamme, le blé ondule. La facture est visible : le geste du peintre fait partie de ce que l’on regarde, et donne au paysage son énergie.

Champ de blé jaune sous un ciel tourbillonnant ; un grand cyprès vert sombre monte comme une flamme ; la peinture est posée en touches épaisses et ondulantes.
Vincent van Gogh, Champ de blé avec cyprès, 1889.
huile sur toile, Metropolitan Museum of Art, New York.
Metropolitan Museum of Art, CC0

À retenir

Amplitude ou retenue, maîtrise ou imprévisibilité

  • Un geste ample engage le bras, le corps, va jusqu’aux bords du support ; un geste retenu reste petit, précis, concentré. La vitesse, le rythme, la pression comptent aussi.
  • Un geste maîtrisé obéit à l’intention ; un geste qui accepte l’imprévisibilité laisse la matière agir (une goutte qui coule, une tache qui s’étale). La part du hasard et celle de l’intention se mêlent : l’artiste provoque l’accident, puis choisit de le garder, de le prolonger ou de l’effacer.

Exemple

Hasard et intention, de la Patagonie au Japon

Il y a environ 9 000 ans, en Argentine, des peintres ont posé leur main sur la paroi et soufflé autour un pigment : la main est à la fois outil et motif, et apparaît en négatif. En 1495, le moine japonais Sesshū peint un paysage à l’encre éclaboussée (haboku) : quelques taches rapides, posées sur un papier qui boit l’encre, suffisent à faire surgir rochers et brume ; l’intention guide un geste qui accepte l’imprévu. Victor Hugo, enfin, dessinait avec des taches d’encre, du café, ses doigts, une plume retournée : il regardait la tache, puis y voyait un château, une vague, ce champignon géant.

Paroi rocheuse ocre couverte de mains rouges en négatif, de spirales et de silhouettes d’animaux.
Peintres préhistoriques, Mains négatives de la Cueva de las Manos, il y a environ 9 000 ans pour les plus anciennes.
pigments soufflés autour de la main, Santa Cruz, Patagonie, Argentine.
Photo : Suzko, Wikimedia Commons, CC BY-SA 3.0
Paysage à l’encre sur papier clair : quelques taches grises et noires, posées vite, suggèrent des rochers, un arbre et une montagne dans la brume.
Sesshū Tōyō, Paysage à l’encre éclaboussée (haboku), 1495.
encre sur papier, rouleau vertical, musée national de Tokyo.
Domaine public, via Wikimedia Commons
Dessin brun et sombre : un champignon géant se dresse sur une plaine ; son pied est fait de coulures et de taches d’encre.
Victor Hugo, Champignon, 1850.
plume, lavis d’encre, fusain, gouache ; papier gratté et frotté, Maison de Victor Hugo, Paris.
Paris Musées, CC0

Au XXe siècle, Jackson Pollock fait couler et projeter la peinture sur des toiles posées au sol (le dripping) : un geste de tout le corps, rythmé et maîtrisé, où la coulure devient la forme même de l’œuvre. Ses tableaux sont encore protégés : on ne les reproduit pas ici.

À retenir

En volume : stratifier, empiler, tresser, emboîter

  • Stratifier : superposer des couches (de papier, de terre, de plâtre coloré), comme les strates d’une falaise.
  • Empiler : poser des éléments les uns sur les autres ; l’équilibre devient un enjeu.
  • Tresser : entrecroiser des brins souples (osier, rotin, papier, fil), dessus-dessous, comme en vannerie.
  • Emboîter : faire entrer un élément dans un autre ; assembler ou adjoindre des objets ou des fragments d’objets.
stratification
empilement
tressage
emboîtement

Attention

Pour analyser une matière ou un geste : nomme la qualité physique du matériau (poreux, rugueux, liquide, malléable), l’outil et le geste (ample ou retenu, maîtrisé ou libre), puis la trace obtenue (touche, traînée, griffure, coulure…). Termine toujours par l’effet : calme, violence, vitesse, fragilité, mystère. Un vocabulaire précis transforme « c’est joli » en analyse.

Les exercices

  1. Niveau 1 · Découverte

    Les bases, pas à pas.
    Matières et tracesPoreux, rugueux, liquide, malléable ; touche, traînée, griffure, coulure.
    Pas encore joué
    Dans la vraie vieCartes d’anniversaire, crépis, pâte à sel et tags.
    Pas encore joué
  2. Niveau 2 · Entraînement

    Les pièges classiques.
    Texture ou facture ?Familles de matériaux, outils inventés, hasard : les confusions classiques.
    Pas encore joué
    Choisir son matériauRécup’, biomatériaux, décors et peintures murales.
    Pas encore joué
  3. Niveau 3 · Expert

    Pour aller plus loin.
    Analyser un geste d’artisteVan Gogh, Sesshū, Victor Hugo, mains négatives : justifier les effets.
    Pas encore joué
    Projets de matièreFresque, affiche, installation éphémère : choisir et argumenter.
    Pas encore joué