Chapitre 3 · Représentation et présentation
Raconter en images
Narration visuelle : planche, case, bulle, récitatif, ellipse ; Bayeux, Muybridge ; ralenti, accéléré, image par image.
Le cours

À quoi ça sert ?
Un film avec une figurine
Pour la fête du collège, ta classe tourne un petit film : une figurine en pâte à modeler traverse la table. Tu la déplaces d’un millimètre, tu prends une photo, tu recommences… soixante fois pour cinq secondes de film. La veille, tu as dessiné le scénario en cases, comme une bande dessinée. Ta story de vacances, la notice de ton meuble, les vitraux de l’église racontent aussi avec des images. Raconter en images, c’est choisir les moments, les mettre dans un ordre, et faire sentir le temps qui passe.
À retenir
La narration visuelle
- Raconter ou témoigner avec des images, c’est la narration visuelle. Elle peut être faite d’images fixes (bande dessinée, frise, album) ou d’images animées (cinéma, dessin animé).
- Raconter, c’est choisir : les moments-clés, l’ordre, ce qu’on montre et ce qu’on laisse deviner.
- Une seule image peut aussi raconter, si elle saisit l’instant le plus significatif, celui qui fait comprendre l’avant et imaginer l’après.
À retenir
Le vocabulaire de la bande dessinée
- La planche est la page entière ; elle se divise en bandes (rangées) de cases, aussi appelées vignettes. L’espace blanc entre deux cases est la gouttière.
- La bulle (ou phylactère) contient les paroles ; sa pointe désigne qui parle. En nuage : une pensée. En zigzag : un cri.
- Le récitatif est l’encadré du narrateur (« Le lendemain… »). L’onomatopée écrit un bruit (« BOUM »).
- Ce qui se passe entre deux cases sans être montré est une ellipse : le lecteur la comble.
- La taille, la forme et l’ordre des cases règlent le rythme : une grande case ralentit, une suite de petites cases accélère. On lit de gauche à droite et de haut en bas ; le manga, de droite à gauche.
Exemple
Une planche de rêve

Chaque dimanche, Winsor McCay emmène le petit Nemo au pays des rêves. Les cases changent de taille, le décor grandit, la planche entière devient étrange comme un rêve. À la dernière case, Nemo se réveille souvent dans son lit : la mise en page elle-même raconte.
Exemple
Avant la bande dessinée : la Tapisserie de Bayeux

Brodée vers 1070, longue d’environ 70 mètres, elle raconte la conquête de l’Angleterre par Guillaume, duc de Normandie, en 1066. Pas de cases : des arbres et des tours séparent les scènes. Des inscriptions latines jouent le rôle de récitatifs : ici, « ISTI MIRANT STELLA » (« ceux-ci admirent l’étoile ») ; l’étoile est la comète de Halley, vue comme un présage. Les reliefs de la colonne Trajane à Rome (113) ou les rouleaux peints japonais racontent aussi en récit continu.
À retenir
Les images animées
- Le cinéma fait défiler des images fixes très vite (habituellement 24 par seconde) : le cerveau les relie en un mouvement. Le folioscope (flip book) repose sur le même principe.
- Un plan est une suite d’images filmées sans interruption ; une séquence est un ensemble de plans qui forment un moment du récit ; le montage les ordonne.
- Ralenti : on tourne plus d’images par seconde qu’on n’en projette. Accéléré : on en tourne moins. Exemple : 96 images tournées en 1 s, projetées à 24 par seconde, durent 4 s à l’écran.
- Image par image (stop motion) : on déplace légèrement un objet entre deux photos. À 12 images par seconde, 5 secondes demandent 60 photos.
Expérimente
Tourner, projeter
Choisis combien d’images la caméra prend pendant une seconde de rebond. La projection montre toujours 12 images par seconde. Compare la durée du film et la fluidité du mouvement, puis avance image par image comme dans un folioscope.
Tournage : 12 images pendant 1 seconde réelle. Projection : 12 images par seconde, donc le film dure 1 s. C’est la vitesse réelle : on projette autant d’images qu’on en a tourné.
Exemple
Décomposer le mouvement

En 1878, Eadweard Muybridge aligne 12 appareils le long d’une piste, déclenchés un à un au passage du cheval. Les photos montrent ce que l’œil ne voit pas : au galop, les quatre sabots quittent bien le sol, mais regroupés sous le ventre, et non jambes écartées comme dans les peintures. Vers 1880, Étienne-Jules Marey superpose au contraire les positions dans une seule image : la chronophotographie. Ces recherches mènent au cinéma des frères Lumière (1895).
À retenir
Exprimer l’espace et le temps dans une image fixe
- Lignes de mouvement derrière un personnage ou un objet : elles suggèrent vitesse et direction.
- Décomposition : superposer les positions successives (comme Marey) ; plus elles sont espacées, plus le mouvement est rapide.
- Répétition d’un même personnage dans un même décor : plusieurs moments réunis dans une image, comme dans de nombreuses peintures du Moyen Âge.
- Flou, cadrage et ordre de lecture guident aussi le regard dans le temps.
Attention
Au CM, tu lisais des BD. En 6e, on attend que tu analyses comment elles racontent : nommer la case, la bulle, le récitatif, repérer l’ellipse, expliquer le rythme. Pour les images animées, sache calculer : images tournées ÷ images projetées par seconde = durée à l’écran. Réflexe : « Qu’est-ce qui est montré ? Qu’est-ce qui est sauté ? Dans quel ordre ? À quelle vitesse ? »
Les exercices
Niveau 1 · Découverte
Les bases, pas à pas.Niveau 2 · Entraînement
Les pièges classiques.Niveau 3 · Expert
Pour aller plus loin.