Chapitre 10 · Regarder les œuvres
Se repérer dans les arts
Situer une œuvre dans le temps et dans le monde grâce à des indices, et se méfier des idées toutes faites.
Le cours

À quoi ça sert ?
Au musée, sans lire l’étiquette
Sortie scolaire au musée. Avant de lire le cartel, ton professeur te lance un défi : « D’où vient cet objet, et de quand date-t-il ? » Pas besoin de tout savoir par cœur : comme un détective, tu peux relever des indices. Le matériau (ivoire, terre cuite, toile), la technique (fresque, estampe, peinture à l’huile), le sujet, les vêtements, une écriture, la fonction de l’objet. Le même réflexe te servira devant une affiche ancienne dans le grenier de tes grands-parents, une photo de vacances devant un monument, ou une image partagée sur Internet sans aucune légende.
À retenir
Situer une œuvre : où et quand ?
- Situer une œuvre, c’est la placer dans une aire géographique ou culturelle (une région, un peuple, une civilisation) et dans un temps (une période, un siècle, une date).
- Le cartel, la petite étiquette à côté de l’œuvre, donne ces informations : artiste, titre, date, technique, dimensions, lieu de conservation. Attention : le lieu de conservation (le musée) n’est pas forcément le lieu de création. La Grande Vague de Hokusai, japonaise, est conservée notamment à New York.
- Repères de l’histoire (européenne) : Préhistoire (avant l’écriture, vers −3000), Antiquité (−3000 à 476), Moyen Âge (476-1492), Temps modernes (1492-1789), puis le XIXe siècle et les XXe-XXIe siècles. Rappel : le XVIe siècle, ce sont les années 1501 à 1600.
À retenir
Quelques grands repères
- Art pariétal (Préhistoire) : animaux peints ou gravés sur les parois des grottes, avec des pigments minéraux (ocres, charbon). Lascaux, vers 18 000 ans avant le présent ; Chauvet, plus de 30 000 ans.
- Égypte ancienne : corps à la fois de profil (tête, jambes) et de face (épaules, œil), personnages importants plus grands, hiéroglyphes ; art lié aux tombes et à la vie après la mort.
- Grèce antique : vases à figures noires puis rouges, sculptures du corps humain idéal en marbre ou en bronze, héros et dieux. Rome : fresques et mosaïques (Pompéi), portraits sculptés réalistes.
- Moyen Âge : art surtout religieux ; enluminures dans les manuscrits, vitraux des cathédrales gothiques (Chartres), fonds dorés, perspective peu utilisée.
- Renaissance (XVe-XVIe siècles, Italie puis Europe) : perspective, peinture à l’huile, corps et visages modelés, retour aux modèles antiques (Léonard de Vinci, Raphaël, Dürer).
- Estampe japonaise (surtout XVIIIe-XIXe siècles) : gravure sur bois en couleurs, tirée à de nombreux exemplaires, aplats et contours nets, cadrages audacieux (Hokusai, Hiroshige). Elle fascinera les impressionnistes.
- Arts d’Afrique et d’Océanie : des traditions très anciennes et très diverses (têtes en terre cuite Nok, ivoires et bronzes de la cour du royaume de Bénin, figures malanggan de Nouvelle-Irlande, moaï de Rapa Nui). Souvent des objets à fonction rituelle, royale ou funéraire.
- Impressionnisme (à partir de 1874, première exposition) : peinture en plein air, touches visibles, lumière d’un instant, sujets modernes (Monet, Renoir, Morisot).
- XXe siècle et art contemporain : abstraction (Kandinsky, Mondrian), objets détournés (Duchamp), installations, performances, photographie, vidéo, art numérique. L’œuvre n’est plus forcément une image accrochée au mur.
À retenir
Les indices qui permettent de dater et de situer
- Le support et le matériau : paroi de grotte, enduit de tombe, vase de terre cuite, parchemin, panneau de bois, toile, soie, ivoire, verre, écran.
- La technique : fresque, mosaïque, enluminure, vitrail, huile, estampe, photographie… La peinture à l’huile sur toile ne se répand qu’à partir de la Renaissance ; la photographie naît au XIXe siècle.
- Le sujet et la fonction : scène religieuse, mythe, portrait de roi, objet rituel, vie moderne, absence de sujet (abstraction).
- Les vêtements, les objets, l’architecture, une écriture (hiéroglyphes, idéogrammes, alphabet latin), une signature ou une date peinte.
- Le style : façon de représenter le corps, l’espace (perspective ou non), la lumière, la touche. Méthode : j’observe → je relève des indices → je propose une hypothèse → je vérifie avec le cartel.
Expérimente
Remettre les œuvres dans le temps
Fais glisser chaque reproduction sur la bonne période, ou touche-la puis touche une période. En cas d’erreur, un indice s’affiche ; une fois l’œuvre bien placée, lis l’explication : quels indices permettaient de la dater ?
Fais glisser chaque œuvre sur sa période, ou touche une œuvre puis une période. Observe d’abord le support, la technique et le sujet.
À retenir
Dépasser les stéréotypes
- « L’art, c’est forcément beau. » Non : une œuvre peut chercher à émouvoir, déranger, faire peur, dénoncer (la guerre, l’injustice). La question n’est pas « est-ce joli ? » mais « quel effet cela produit-il, et comment ? ».
- « L’art, c’est forcément ressemblant. » Non : l’Égyptien, le sculpteur Nok ou Mondrian ne cherchent pas à copier le réel. L’écart avec la réalité est un choix, pas une maladresse.
- « L’art, c’est forcément ancien », réservé aux musées. Non : des artistes créent aujourd’hui, dans la rue, sur écran, dans la nature, avec des objets du quotidien.
- « L’art d’ailleurs est primitif. » Non : le masque de la reine mère Idia, sculpté dans l’ivoire au XVIe siècle pour une cour royale, est aussi savant que la peinture de la Renaissance. « Primitif » est un mot hérité de l’époque coloniale ; on parle aujourd’hui des arts d’Afrique, d’Océanie, des Amériques et d’Asie.
Exemple
Enquête sur une œuvre sans cartel
Une image montre un homme peint sur un mur : tête et jambes de profil, épaules de face ; il est bien plus grand que sa femme et sa fille ; des petits signes (oiseaux, yeux, traits) sont alignés en colonnes. Indices : représentation du corps de profil et de face, taille selon l’importance, écriture en hiéroglyphes. Hypothèse : Égypte ancienne, Antiquité. Vérification avec le cartel : fragment de la tombe de Nebamun, vers 1350 av. J.-C., British Museum, Londres. L’œuvre est égyptienne, mais conservée à Londres.
Attention
Au collège, on ne te demande pas d’apprendre des centaines de dates, mais de justifier : « Je pense que c’est une estampe japonaise du XIXe siècle parce que les contours sont nets, les couleurs posées en aplats et l’inscription est en idéogrammes. » Deux réflexes : ne pas confondre lieu de création et lieu de conservation, et ne jamais juger une œuvre « primitive » ou « ratée » parce qu’elle ne ressemble pas à une photographie.
Les exercices
Niveau 1 · Découverte
Les bases, pas à pas.Niveau 2 · Entraînement
Les pièges classiques.Niveau 3 · Expert
Pour aller plus loin.