Chapitre 1 · Représentation et présentation
Ressembler ou s’écarter du réel
Imitation, accentuation, interprétation, éloignement : la valeur expressive de l’écart, entre hasard et choix.
Le cours

À quoi ça sert ?
Portrait fidèle ou caricature ?
Pour l’affiche du club théâtre, tu dois dessiner les comédiens. Un portrait très ressemblant, comme une photo d’identité ? Ou une caricature qui exagère le grand sourire de l’une et les sourcils froncés de l’autre, pour qu’on devine leur rôle d’un coup d’œil ? Ton téléphone se pose la même question quand un filtre agrandit tes yeux, et le dessinateur du journal quand il croque un ministre. Ressembler n’est qu’un choix parmi d’autres : s’écarter du réel peut dire davantage. Encore faut-il savoir ce que l’on a voulu, et ce qui est arrivé par hasard.
À retenir
Quatre attitudes face au réel
- Imiter : chercher la ressemblance la plus fidèle (formes, proportions, couleurs, lumière). Elle demande d’observer longtemps.
- Accentuer : renforcer un caractère du modèle pour le rendre plus visible (un nez, une posture, une couleur).
- Interpréter : représenter le sujet à sa manière, en le transformant, parfois en faisant surgir autre chose (un visage fait de fruits).
- S’éloigner : s’écarter des caractéristiques du réel jusqu’à ne plus le reconnaître.
- La différence entre une représentation et le réel s’appelle l’écart. Ce n’est pas une faute : c’est un moyen d’expression.
Exemple
L’imitation : observer patiemment

Dürer peint le pelage poil par poil, les reflets dans l’œil, l’ombre portée sur le sol : tout concourt à l’imitation. Comparez avec son Rhinocéros (1515), gravé sans avoir vu l’animal, d’après une lettre et un croquis : l’image paraît aussi précise, mais l’animal porte une armure et une petite corne sur le dos. Un aspect « réaliste » ne garantit pas la ressemblance.
À retenir
La valeur expressive de l’écart
- Caricature : accentuer les traits caractéristiques d’une personne, souvent pour faire rire ou critiquer. Condition : on doit encore la reconnaître.
- Stylisation : simplifier une forme pour n’en garder que l’essentiel (pictogramme, logo, émoji). Le sujet reste reconnaissable.
- Déformation : étirer, tordre, courber une forme pour exprimer une sensation (le vent, la peur, l’élan).
- Abstraction : ne plus représenter d’objet reconnaissable ; formes, couleurs et lignes comptent pour elles-mêmes.
- Chaque écart produit un effet sur le spectateur : rire, malaise, émotion, réflexion. C’est sa valeur expressive. Méfie-toi des stéréotypes (le soleil à rayons, la maison à cheminée) : ce sont des formes toutes faites, pas des choix.
Expérimente
Le curseur de l’écart
Pousse le curseur Accentuer : le nez, le menton, les oreilles s’exagèrent jusqu’à la caricature. Pousse ensuite Simplifier : les détails disparaissent, le trait s’épaissit. Observe à partir de quand on ne reconnaît plus le même visage.
imitation
Le visage cherche la ressemblance : proportions justes, détails, ombres. C’est le point de départ.
Exemple
La caricature : du roi à la poire

En 1831, Charles Philipon est poursuivi en justice pour une caricature du roi Louis-Philippe. Devant le tribunal, il dessine le visage du roi qui se change, étape par étape, en poire : à quel dessin commence l’offense ? Faudra-t-il interdire les poires ? L’accentuation progressive des joues et du toupet produit une métamorphose ; la poire devient le symbole moqueur du roi dans toute la presse.
Exemple
Interpréter : faire surgir autre chose

Chaque fruit est imité avec précision, mais l’ensemble invente un personnage : Arcimboldo interprète l’été en profil humain fait de la récolte de la saison. L’écart n’est pas une maladresse, c’est un jeu d’esprit savant, qui donne son sens au tableau.
Exemple
S’éloigner : vers l’abstraction

Entre 1908 et 1913, Mondrian peint une suite d’arbres de plus en plus simplifiés. Ici, on devine encore le tronc et les branches, mais ils deviennent un rythme de courbes grises et noires. Quelques années plus tard, il ne peindra plus que des lignes et des aplats : l’abstraction.
À retenir
Hasard ou choix ?
- Un écart peut être subi : la main dérape, l’encre coule, on a mal observé. C’est le hasard, ou la maladresse.
- Un écart peut être voulu : on a décidé d’agrandir, de simplifier, de tordre. C’est un choix.
- Entre les deux, l’artiste peut accueillir le hasard : il regarde la tache, y voit quelque chose et décide de la garder. L’accident devient un choix.
- Le spectateur ne voit que l’effet : c’est à l’auteur de savoir justifier ses choix. Une bonne justification relie un moyen à un effet : « j’ai allongé les bras pour exprimer la fatigue ».
Attention
Au CM, on te demandait de dessiner « ressemblant ». En 6e, on attend que tu nommes l’attitude choisie (imiter, accentuer, interpréter, s’éloigner), le type d’écart (caricature, stylisation, déformation, abstraction) et son effet. Réflexe d’analyse : « Qu’est-ce qui ressemble ? Qu’est-ce qui s’écarte ? Pour produire quel effet ? Est-ce voulu ? »
Les exercices
Niveau 1 · Découverte
Les bases, pas à pas.Niveau 2 · Entraînement
Les pièges classiques.Niveau 3 · Expert
Pour aller plus loin.