Eurekole
/Arts plastiques · Sixième/Ressembler ou s’écarter du réel

Chapitre 1 · Représentation et présentation

Ressembler ou s’écarter du réel

Imitation, accentuation, interprétation, éloignement : la valeur expressive de l’écart, entre hasard et choix.

Le cours · 10 notionsExercices · 6

Sommaire

Le coursQuatre attitudes face au réelLa valeur expressive de l’écartHasard ou choix ?Les exercices

Le cours

Deux collégiens comparent, sur une table, le portrait réaliste d’une camarade et sa caricature au long nez, en riant.

À quoi ça sert ?

Portrait fidèle ou caricature ?

Pour l’affiche du club théâtre, tu dois dessiner les comédiens. Un portrait très ressemblant, comme une photo d’identité ? Ou une caricature qui exagère le grand sourire de l’une et les sourcils froncés de l’autre, pour qu’on devine leur rôle d’un coup d’œil ? Ton téléphone se pose la même question quand un filtre agrandit tes yeux, et le dessinateur du journal quand il croque un ministre. Ressembler n’est qu’un choix parmi d’autres : s’écarter du réel peut dire davantage. Encore faut-il savoir ce que l’on a voulu, et ce qui est arrivé par hasard.

À retenir

Quatre attitudes face au réel

  • Imiter : chercher la ressemblance la plus fidèle (formes, proportions, couleurs, lumière). Elle demande d’observer longtemps.
  • Accentuer : renforcer un caractère du modèle pour le rendre plus visible (un nez, une posture, une couleur).
  • Interpréter : représenter le sujet à sa manière, en le transformant, parfois en faisant surgir autre chose (un visage fait de fruits).
  • S’éloigner : s’écarter des caractéristiques du réel jusqu’à ne plus le reconnaître.
  • La différence entre une représentation et le réel s’appelle l’écart. Ce n’est pas une faute : c’est un moyen d’expression.

Exemple

L’imitation : observer patiemment

Un jeune lièvre accroupi, peint poil par poil, de trois quarts, sur un fond clair.
Albrecht Dürer, Jeune Lièvre, 1502aquarelle et gouache sur papier ; Albertina, Vienne.Domaine public, via Wikimedia Commons (Google Arts & Culture)

Dürer peint le pelage poil par poil, les reflets dans l’œil, l’ombre portée sur le sol : tout concourt à l’imitation. Comparez avec son Rhinocéros (1515), gravé sans avoir vu l’animal, d’après une lettre et un croquis : l’image paraît aussi précise, mais l’animal porte une armure et une petite corne sur le dos. Un aspect « réaliste » ne garantit pas la ressemblance.

À retenir

La valeur expressive de l’écart

  • Caricature : accentuer les traits caractéristiques d’une personne, souvent pour faire rire ou critiquer. Condition : on doit encore la reconnaître.
  • Stylisation : simplifier une forme pour n’en garder que l’essentiel (pictogramme, logo, émoji). Le sujet reste reconnaissable.
  • Déformation : étirer, tordre, courber une forme pour exprimer une sensation (le vent, la peur, l’élan).
  • Abstraction : ne plus représenter d’objet reconnaissable ; formes, couleurs et lignes comptent pour elles-mêmes.
  • Chaque écart produit un effet sur le spectateur : rire, malaise, émotion, réflexion. C’est sa valeur expressive. Méfie-toi des stéréotypes (le soleil à rayons, la maison à cheminée) : ce sont des formes toutes faites, pas des choix.

Expérimente

Le curseur de l’écart

Pousse le curseur Accentuer : le nez, le menton, les oreilles s’exagèrent jusqu’à la caricature. Pousse ensuite Simplifier : les détails disparaissent, le trait s’épaissit. Observe à partir de quand on ne reconnaît plus le même visage.

imitation

Le visage cherche la ressemblance : proportions justes, détails, ombres. C’est le point de départ.

Exemple

La caricature : du roi à la poire

Quatre dessins : le visage du roi Louis-Philippe se transforme peu à peu en poire.
D’après Charles Philipon, Les Poires, 1831, publié dans Le Charivari en 1834gravure sur bois imprimée dans un journal ; Bibliothèque nationale de France (Gallica).Domaine public, BnF Gallica, via Wikimedia Commons

En 1831, Charles Philipon est poursuivi en justice pour une caricature du roi Louis-Philippe. Devant le tribunal, il dessine le visage du roi qui se change, étape par étape, en poire : à quel dessin commence l’offense ? Faudra-t-il interdire les poires ? L’accentuation progressive des joues et du toupet produit une métamorphose ; la poire devient le symbole moqueur du roi dans toute la presse.

Exemple

Interpréter : faire surgir autre chose

Un profil d’homme entièrement composé de fruits et de légumes d’été, sur fond sombre.
Giuseppe Arcimboldo, L’Été, 1573huile sur toile ; Musée du Louvre, Paris.Domaine public, via Wikimedia Commons

Chaque fruit est imité avec précision, mais l’ensemble invente un personnage : Arcimboldo interprète l’été en profil humain fait de la récolte de la saison. L’écart n’est pas une maladresse, c’est un jeu d’esprit savant, qui donne son sens au tableau.

Exemple

S’éloigner : vers l’abstraction

Un arbre gris dont les branches deviennent un réseau de courbes noires sur un fond gris.
Piet Mondrian, L’Arbre gris, 1911huile sur toile ; Kunstmuseum, La Haye.Domaine public, via Wikimedia Commons

Entre 1908 et 1913, Mondrian peint une suite d’arbres de plus en plus simplifiés. Ici, on devine encore le tronc et les branches, mais ils deviennent un rythme de courbes grises et noires. Quelques années plus tard, il ne peindra plus que des lignes et des aplats : l’abstraction.

À retenir

Hasard ou choix ?

  • Un écart peut être subi : la main dérape, l’encre coule, on a mal observé. C’est le hasard, ou la maladresse.
  • Un écart peut être voulu : on a décidé d’agrandir, de simplifier, de tordre. C’est un choix.
  • Entre les deux, l’artiste peut accueillir le hasard : il regarde la tache, y voit quelque chose et décide de la garder. L’accident devient un choix.
  • Le spectateur ne voit que l’effet : c’est à l’auteur de savoir justifier ses choix. Une bonne justification relie un moyen à un effet : « j’ai allongé les bras pour exprimer la fatigue ».

Attention

Au CM, on te demandait de dessiner « ressemblant ». En 6e, on attend que tu nommes l’attitude choisie (imiter, accentuer, interpréter, s’éloigner), le type d’écart (caricature, stylisation, déformation, abstraction) et son effet. Réflexe d’analyse : « Qu’est-ce qui ressemble ? Qu’est-ce qui s’écarte ? Pour produire quel effet ? Est-ce voulu ? »

Les exercices

  1. Niveau 1 · Découverte

    Les bases, pas à pas.
    Imiter, styliser, caricaturerReconnaître les attitudes face au réel et nommer l’écart.
    Pas encore joué
    Dans la vraie vieÉmojis, panneaux, avatars et portraits-robots.
    Pas encore joué
  2. Niveau 2 · Entraînement

    Les pièges classiques.
    Ressemblant ne veut pas dire réussiStylisation ou abstraction, écart voulu ou subi : déjoue les pièges.
    Pas encore joué
    Filtres, logos, dessins de modeQuand l’écart est caché, quand il est assumé.
    Pas encore joué
  3. Niveau 3 · Expert

    Pour aller plus loin.
    Analyser et justifier l’écartDürer, Arcimboldo, Mondrian, Hokusai : comparer et argumenter.
    Pas encore joué
    Presse, publicité et stéréotypesDessin d’audience, retouche, affiche engagée : juger l’écart.
    Pas encore joué