Chapitre 5 · Fabrications, objet et espace
L’espace en trois dimensions
Modeler, assembler, construire : plein et vide, formes ouvertes et fermées, reliefs, équilibre et place du spectateur.
Le cours

À quoi ça sert ?
Une maquette, ça se regarde en tournant autour
Pour le projet de classe, tu construis la maquette d’une cabane en carton. Sur ton écran, le plan avait l’air parfait. Mais posée sur la table, la maquette révèle tout : la porte crée un passage, le toit tient ou s’affaisse, l’intérieur est sombre ou lumineux, et ce qui est beau de face devient bancal de profil. Travailler en trois dimensions, c’est penser au plein et au vide, à l’équilibre, et au spectateur qui se déplace. Les architectes, les designers, les décorateurs de théâtre et les sculpteurs se posent exactement les mêmes questions.
À retenir
Quatre façons de faire exister un volume
- Modeler : donner forme à une matière malléable (argile, pâte à modeler, cire) en ajoutant, en pressant, en creusant. Le sculpteur peut aussi tailler : il enlève de la matière à un bloc de pierre ou de bois.
- Assembler : réunir des éléments déjà existants (morceaux de bois, objets, cartons) en les collant, en les clouant, en les attachant.
- Construire : bâtir un volume selon une structure pensée à l’avance, comme une maquette ou un bâtiment (empiler, emboîter, contreventer).
- Installer : disposer des éléments dans un lieu, parfois toute une salle, que le spectateur parcourt. L’installation fait de l’espace lui-même une partie de l’œuvre.
À retenir
Ronde-bosse, haut-relief, bas-relief
- Une sculpture en ronde-bosse est entièrement dégagée : on peut tourner autour. Elle offre une infinité de points de vue.
- Un relief reste attaché à un fond (un mur, une plaque). Il se regarde surtout de face : on parle de frontalité.
- Dans le bas-relief, les figures dépassent peu du fond ; dans le haut-relief, elles en sortent fortement, presque jusqu’à s’en détacher. Les Égyptiens ont aussi pratiqué le relief dans le creux : la figure est creusée dans la surface, sans en dépasser.
Exemple
Trois rapports au fond
Sur la frise du Parthénon, les jeunes femmes de la procession dépassent de quelques centimètres : un bas-relief que l’on longe comme un cortège. Sur l’Arc de triomphe, les volontaires de Rude jaillissent du mur : un haut-relief qui crie vers la place. Le Penseur de Rodin, posé sur son socle, est en ronde-bosse : chaque pas autour de lui change la lecture du corps.

marbre, bas-relief, musée du Louvre, Paris.
Photo : Shonagon, Wikimedia Commons, CC0

pierre, haut-relief, Arc de triomphe de l’Étoile, Paris.
Photo : Jebulon, Wikimedia Commons, CC0

bronze, ronde-bosse, musée Rodin, Paris (jardin).
Photo : Wikimedia Commons, CC0
À retenir
Plein et vide, forme fermée et forme ouverte
- Le plein est la matière ; le vide est l’espace qu’elle laisse libre. En volume, le vide n’est pas « rien » : un trou, un passage, un creux sont des formes que l’artiste décide.
- Une forme fermée est compacte, au contour continu : l’espace l’entoure sans la pénétrer (un galet, un œuf). Une forme ouverte laisse l’espace entrer ou la traverser : creux, trous, bras qui s’étendent, fils, structure.
- Le contour est la ligne qui dessine la silhouette ; la limite est l’endroit où la matière s’arrête et où commence l’espace. Les deux changent quand on tourne autour.
- L’enveloppe est la peau du volume (parois, surface) ; la structure est son ossature (tiges, arêtes, charpente). Un ballon est une enveloppe ; un squelette, une charpente ou un cube en pailles sont des structures.
- Un volume a un intérieur et un extérieur : un bol, une maison, une boîte. Le passage (porte, arche, tunnel) fait transition de l’un à l’autre.
Expérimente
Tourner autour d’un volume
Choisis un volume et fais-le tourner. Place-toi de face, de profil, au-dessus : compare avec les trois vues dessinées à droite. Cherche les vides : quand apparaissent-ils, quand disparaissent-ils ?
L’arche est une forme ouverte : de face, le vide du passage se lit comme une forme à part entière, cerné par les piliers et le linteau. De profil, le passage disparaît : on ne voit plus qu’un pilier plein.
À retenir
Équilibre, déséquilibre et architecture
- Un volume réel est soumis à la pesanteur. Il tient debout si son poids repose bien sur ses appuis : une base large, une matière lourde en bas, des éléments bien répartis donnent de la stabilité.
- L’artiste peut jouer du déséquilibre : un volume qui penche, un élément en porte-à-faux (qui dépasse dans le vide sans appui dessous). Cela crée de la tension, du mouvement, de la surprise.
- L’architecture pose les mêmes questions à grande échelle : murs et piliers (structure), parois et toits (enveloppe), portes et couloirs (passages), et surtout l’espace intérieur dans lequel on entre.
Exemple
Le Panthéon de Rome : sculpter le vide
Il y a près de 1 900 ans, les Romains ont coulé en béton une coupole de 43 m de diamètre, percée au sommet d’un oculus, une ouverture d’environ 9 m. L’essentiel de l’œuvre est le vide intérieur : un espace où une sphère de 43 m tiendrait exactement, traversé par un disque de lumière qui tourne avec le soleil. Les caissons creusés dans la coupole allègent la matière : moins de plein, moins de poids.

béton romain, coupole de 43 m de diamètre, Rome, Italie.
Photo : John Samuel, Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0
À retenir
L’espace de l’œuvre et l’espace du spectateur
- Devant un tableau ou un relief, le spectateur reste en frontalité. Autour d’une ronde-bosse, il se déplace : la sculpture se découvre dans le temps de ce déplacement.
- Le socle sépare l’œuvre de notre espace et la met à part. Sans socle, posée au sol, elle entre dans l’espace du spectateur.
- Une installation peut englober le spectateur (on est dedans) ou lui imposer un parcours. Exemples à connaître (œuvres encore protégées, non reproduites ici) : les grandes araignées Maman de Louise Bourgeois, sous lesquelles on passe ; les sculptures trouées d’Henry Moore, où le vide compte autant que le plein ; les mobiles d’Alexander Calder, formes ouvertes qui bougent avec l’air.
Attention
Pour décrire un volume, pose-toi toujours les mêmes questions : comment est-il fait (modelé, taillé, assemblé, construit, installé) ? Est-il dégagé ou attaché à un fond ? Fermé ou ouvert ? Où sont le plein et le vide ? Comment tient-il ? Et où est le spectateur : devant, autour, dedans ? Un même volume ne se juge jamais d’un seul point de vue.
Les exercices
Niveau 1 · Découverte
Les bases, pas à pas.Niveau 2 · Entraînement
Les pièges classiques.Niveau 3 · Expert
Pour aller plus loin.