Chapitre 18 · Lecture et culture littéraire
Créer, recréer le monde : récits des origines
Lire des mythes, des textes fondateurs et des contes étiologiques : comprendre comment les hommes ont raconté la naissance du monde.
Le cours

À quoi ça sert ?
Pourquoi les dieux grecs sont partout dans tes jeux et tes séries
Un jeu vidéo où tu incarnes Prométhée, une série où une classe construit une tour géante avant que plus personne ne se comprenne, un film de super-héros peuplé de dieux nordiques… Les créateurs d’aujourd’hui puisent sans arrêt dans les récits des origines, vieux de plusieurs millénaires.
On les retrouve aussi dans la langue de tous les jours : « ouvrir la boîte de Pandore », « c’est une vraie tour de Babel », « le talon d’Achille ». Connaître ces récits, c’est repérer les clins d’œil, comprendre les références et lire le monde avec un temps d’avance.
Depuis toujours, les hommes se posent des questions : d’où vient le monde ? Pourquoi existe-t-il des humains ? Pourquoi parle-t-on tant de langues ? Bien avant les sciences, ils y ont répondu par des récits, transmis d’abord à l’oral, puis écrits. Ces textes ne cherchent pas à prouver : ils cherchent à donner un sens au monde.
À retenir
Trois sortes de récits des origines
- Le texte fondateur : un texte qui sert de base à une religion ou à une civilisation. Exemple : la Genèse, premier livre de la Bible, qui raconte la création du monde.
- Le mythe : un récit très ancien, où des dieux et des êtres surnaturels agissent dans un temps lointain, et qui explique l’origine du monde, des hommes ou d’une coutume. Exemple : Deucalion et Pyrrha dans les Métamorphoses d’Ovide.
- Le conte étiologique (du grec aitia, « la cause ») : une histoire imaginaire qui répond à une question « Pourquoi… ? » : pourquoi le ciel est si haut, pourquoi le zèbre a des rayures.
À retenir
Reconnaître un mythe des origines
- Un temps des commencements, sans date précise : « Au commencement », « Autrefois », « En ce temps-là ».
- Des personnages surnaturels (dieux, déesses, Titans) et des événements merveilleux : des pierres deviennent des hommes, une parole crée la lumière.
- Le passage du chaos (le désordre, « informe et vide ») à un monde ordonné.
- Une explication finale, souvent annoncée par « C’est pourquoi », « Depuis ce jour », « C’est de là que… » : le récit relie le passé lointain à notre présent.
- Des symboles : la colombe et l’olivier (la paix), l’arc-en-ciel (l’alliance), la tour (l’orgueil).
Exemple
Une formule étiologique dans la Genèse (trad. Louis Segond, 1910)
« C’est pourquoi on l’appela du nom de Babel, car c’est là que l’Éternel confondit le langage de toute la terre. »
« C’est pourquoi » annonce une conséquence (le nom de la ville) ; « car » en donne la cause (le mélange des langues). En deux connecteurs, le récit explique l’origine d’un nom et de la diversité des langues.
À retenir
Méthode : lire l’explicite et l’implicite
- L’explicite : ce que le texte dit clairement. On le retrouve en relisant la bonne phrase.
- L’implicite : ce que le texte laisse comprendre sans le dire. On le découvre par une inférence, en reliant plusieurs indices.
- Justifier : toute réponse s’appuie sur une citation exacte, entre guillemets.
Exemple
Faire une inférence chez Ovide
La déesse ordonne : « jetez derrière vous les os de votre aïeule antique ». Deucalion comprend : « Notre aïeule, c’est la terre, et les pierres (…) sont les ossements qu’on nous ordonne de jeter ».
L’oracle ne dit jamais « pierres » : c’est une image (une métaphore). Deucalion relie les indices (la terre est la mère de tous ; ses os sont durs comme des pierres) : il fait une inférence.
À retenir
Suivre les personnages : les reprises
Pour éviter les répétitions, un texte désigne souvent le même personnage de plusieurs façons. Ces reprises peuvent être des pronoms (« elle », « ils ») ou des groupes nominaux :
Pyrrha → la fille d’Épiméthée → elle ; Dieu → l’Éternel.
Pour savoir qui fait quoi, remonte toujours au nom que la reprise remplace.
Attention
Rappel du CM : lis toujours le paratexte, c’est-à-dire tout ce qui entoure le texte : titre, auteur, date, traducteur. La Genèse a été écrite en hébreu, les Métamorphoses en latin : tu lis une traduction, et la mention du traducteur (Louis Segond, 1910) fait partie de la source à citer.
Attention
Un mythe n’est pas une explication scientifique, et ce n’est pas non plus un « mensonge » : c’est une façon imagée de chercher du sens. Pour comparer deux mythes, cherche ce qui se ressemble (un chaos au départ, un déluge, un couple de survivants) et ce qui change d’une culture à l’autre.
Les exercices
Niveau 1 · Découverte
Les bases, pas à pas.Niveau 2 · Entraînement
Les pièges classiques.Niveau 3 · Expert
Pour aller plus loin.